Ce que couvre exactement la fiche BAR-TH-159
La fiche d'opération standardisée BAR-TH-159, créée par l'arrêté du 22 décembre 2014 et modifiée en dernier lieu par l'arrêté du 20 juillet 2022 (JORFTEXT000046138797), encadre l'installation d'une pompe à chaleur hybride individuelle dans un logement résidentiel existant (maison individuelle ou logement collectif, de plus de 2 ans à la date d'engagement de l'opération). La version en vigueur est v. A50-4, applicable aux opérations engagées depuis le 1ᵉʳ avril 2023. Le système hybride combine une pompe à chaleur air/eau et un dispositif d'appoint (chaudière gaz à condensation), pilotés par un régulateur unique qui bascule automatiquement entre les deux énergies selon la température extérieure et la demande.
La logique de régulation est la suivante : tant que la PAC fonctionne avec un COP favorable, elle assure la totalité du chauffage. En dessous de la température de bascule (souvent entre -5 et 0 °C selon le réglage), le régulateur arrête la PAC et relaie vers la chaudière d'appoint. BAR-TH-159 est strictement distincte de BAR-TH-171 (PAC air/eau seule) : les deux fiches ne se cumulent jamais sur le même chantier. À noter que l'ancienne BAR-TH-106 (chaudière gaz/fioul seule) a été abrogée au 01/01/2024 — une chaudière gaz seule n'est donc plus éligible aux CEE en résidentiel existant.
Critères techniques réglementaires (v. A50-4)
La fiche BAR-TH-159 impose quatre critères cumulatifs, tous exigés pour qu'un dossier soit éligible au dépôt CEE : (1) l'efficacité énergétique saisonnière pour le chauffage (ETAS) du système PAC + dispositif d'appoint hors régulation doit être supérieure ou égale à 111 %, déterminée selon le règlement (UE) 813/2013 ; (2) le taux de couverture de la pompe à chaleur, défini comme le rapport entre l'énergie fournie par la PAC (hors appoint) et les besoins annuels de chauffage du logement, doit être supérieur ou égal à 70 % ; (3) le système doit être équipé d'un régulateur de classe IV, V, VI, VII ou VIII au sens du §6.1 de la communication 2014/C 207/02 de la Commission européenne ; (4) une note de dimensionnement du générateur, comparant la puissance nominale de la PAC aux déperditions du bâtiment à la température de base réglementaire de la zone, doit être remise au bénéficiaire et conservée au dossier.
Ces quatre exigences sont cumulatives : le non-respect de l'une d'entre elles entraîne le rejet du dossier en contrôle a posteriori. Le taux de couverture 70 % en particulier est vérifié par les organismes de contrôle via l'analyse du profil de charge du logement et des courbes de bascule du régulateur — un système mal réglé dans lequel la chaudière gaz reprend la main dès 5 °C extérieur ne respectera pas ce seuil et expose l'installation à un rappel de prime. La note de dimensionnement est devenue en 2024-2025 le premier motif de non-conformité constaté sur les dossiers BAR-TH-159 en contrôle PNCEE.
Positionnement historique de la PAC hybride
La PAC hybride a connu un essor marqué entre 2018 et 2022, portée par MaPrimeRénov' et par le Coup de pouce Chauffage dans une logique de sortie progressive du fioul. Elle permettait à l'époque de conserver une chaudière gaz existante récente tout en réduisant fortement la facture énergétique, et cumulait les aides CEE + MaPrimeRénov' hybride.
Le décret n° 2022-1649 du 23 décembre 2022, qui a exclu toutes les chaudières à énergie fossile du dispositif MaPrimeRénov' à compter du 1er janvier 2023, a directement frappé la PAC hybride : même couplée à une PAC, dès lors qu'elle comporte une chaudière gaz, elle n'est plus éligible MaPrimeRénov' résidentielle. Conséquence : le volume d'installations hybrides s'est effondré en 2023-2024, au profit des solutions PAC seules (BAR-TH-171, qui a remplacé l'ancienne BAR-TH-104 au 01/01/2024) ou biomasse (BAR-TH-113) qui restent pleinement aidées.
Montant indicatif de la prime CEE BAR-TH-159
Le forfait en kWh cumac est défini par l'annexe de la fiche BAR-TH-159 (arrêté 20/07/2022) et varie selon la zone climatique (H1/H2/H3) et la surface chauffée. La conversion en euros dépend du cours hebdomadaire du kWh cumac et du barème propre à chaque signataire de la charte Coup de pouce Chauffage : il faut donc demander une simulation personnalisée au mandataire ou au délégataire, aucun montant plancher n'est imposé par la DGEC depuis 2022.
Les ménages modestes et très modestes bénéficient d'une bonification au titre du Coup de pouce Chauffage, également fixée librement par le signataire de la charte. Sans MaPrimeRénov', le montant total d'aides mobilisables reste inférieur à celui d'une PAC seule (BAR-TH-171 + MaPrimeRénov'), ce qui rend l'opération économiquement moins attractive qu'elle ne l'était en 2021-2022. La TVA 5,5 % reste applicable sur la partie PAC de l'installation.
Qualification RGE exigée
La fiche BAR-TH-159 exige une qualification RGE active à la date d'acceptation du devis, sous la mention DGEC « Installation de pompe à chaleur » (typiquement QualiPAC module air/eau de Qualit'EnR). Le référentiel de la fiche impose que le signataire de l'attestation sur l'honneur soit le même que l'entreprise titulaire de la qualification RGE couvrant la pose de la PAC.
En pratique, la grande majorité des installateurs de PAC hybrides sont titulaires de QualiPAC et proposent la solution en remplacement d'une chaudière gaz vieillissante. Vérifiez toujours la mention explicite sur l'attestation RGE et assurez-vous qu'elle couvre bien la pose de systèmes hybrides : certains installateurs « PAC pure » ne maîtrisent pas le réglage de la régulation de bascule, ce qui dégrade rapidement la performance réelle et constitue un motif de non-conformité en contrôle PNCEE.
Quand l'hybride garde du sens en 2026
La PAC hybride reste techniquement pertinente dans un cas précis : un logement mal isolé avec des émetteurs haute température existants (radiateurs fonte), où une PAC air/eau seule aurait un COP dégradé et ne pourrait pas assurer le confort par grand froid. L'appoint gaz permet alors de ne pas remplacer tous les radiateurs tout en réduisant la consommation annuelle de 40 à 60 % par rapport à la chaudière gaz seule.
Dans une logique de rénovation performante, l'hybride reste cependant une transition et non une cible. La stratégie publique 2026 oriente vers le découplage complet des énergies fossiles : plutôt que d'investir dans un système hybride, il est souvent plus pertinent d'envisager un bouquet « isolation + PAC air/eau haute performance » (fiche BAR-TH-171), voire une rénovation d'ampleur éligible à la fiche BAR-TH-174 (rénovation globale maison individuelle, avec accompagnement obligatoire par un opérateur Mon Accompagnateur Rénov' agréé par l'Anah), qui ouvre des bonifications CEE supérieures.
Pièges classiques de l'hybride
Trois pièges fréquents : (1) la complexité du système, qui double le nombre de composants (PAC + chaudière + régulateur de bascule + vases d'expansion + vannes 3 voies) et multiplie les points de panne ; (2) le coût initial élevé, typiquement 12 000 à 18 000 € TTC hors aides, contre 10 000 à 14 000 € pour une PAC seule bien dimensionnée ; (3) la maintenance double, car il faut un entretien annuel PAC (contrôle fluide frigorigène) ET un entretien annuel chaudière gaz (combustion, échangeur), soit un budget entretien typique de 250 à 400 €/an.
Quatrième point : le réglage de la température de bascule. Mal paramétrée, la chaudière gaz prend le relais trop tôt et la PAC ne fonctionne presque jamais, ce qui annule complètement l'intérêt du dispositif. Exigez un rapport de mise en service avec les seuils de bascule documentés, et un accès au monitoring de la régulation pour vérifier dans le temps le ratio PAC/chaudière effectivement constaté.